Le voyage en travel car (taxi partagé) est plus long que prévu et quand j’arrive à Ruteng Ignacius est déjà parti. Je passe l’après-midi à suivre la finale de rugby sur internet puis me balade un peu en ville.
Le jour suivant, impossible de louer une moto, je prends donc un bemo (minibus) pour Cara, d’où on peut voir d’immenses rizières en forme de toile d’araignée. Une petite gamine de quatre ans à peine me montre le chemin. elle court pieds nus là où même en chaussures de marche je sens les cailloux. Après quelques photos je marche jusqu’à Cancar, un peu plus loin, où je cherche à aler à Ketang, le village d’Ignacius. Je n’ai aucun moyen de le joindre mais n’ai pas envie qu’il croie que je n’étais pas au rendez-vous par choix. Un type me prend en moto. A Ketang je commence par demander Ignacius. Je n’ai que son prénom et personne ne le connaît. Le village est très étendu. Au début d’un chemin en terre deux gamins affirment être ses frères. Je les suis, content. Un type s’approche: Ignacius. Mais c’est pas le bon. Je demande alors à rencontrer le Pak RT, un type qui s’occupe des problèmes dans un village ou un groupement de maisons. Le nouvel Ignacius m’y emmène. Après cinq minutes à essayer de le décrire, le Pak RT semble trouver, l’air satisfait, il indique un lieu où le nouvel Ignacius m’emmène. Là une femme m’apprend qu’il est retourné sur Labuan Bajo le jour précédent. Déçu, je laisse ma carte et retourne voir le chauffeur qui m’attend un peu plus loin. On démarre, je m’arrête un peu plus loin pour prendre une belle photo: en contrebas, un petit torrent coule au milieu des rizières, coincé entre les montagnes vertes. On repart, et là, soudain, alors que mon regard se porte sur le bord de la route et les paysages alentours, dans un virage j’aperçois Ignacius, le vrai, assis sous un porche d’une petite échoppe. Il me reconnaît ici, j’arrête le chauffeur. Nous sommes tous les deux surpris, le chauffeur a l’air surpris aussi. Je le laisse repartir.
L’échoppe et quelques maisons dans le coin appartiennent à la grande famille d’Ignacius. Une bonne partie est là: frères, cousins, une nièce, un grand-père. On papote, on rigole. La pluie tombe violemment, on reste à l’abri dans l’échoppe. Quand ça se calme on se balade un peu et on va chez lui. Une jolie petite maison, simple, avec un jardin. Ses parents, Maximus et Magdalena (j’adore les vieux prénoms catholiques romains qu’on trouve à Florès, jolis et facilement mémorisables) sont adorables et rient beaucoup. Je leur montre quelques photos présentes sur mon téléphone, ils m’offrent à manger. Je pars ensuite prendre un bain dans un petit cours d’eau qui descend de la montagne. C’est la salle de bain de tout le hameau! On y prend de l’eau, on s’y lave. J’oublie vite ma gêne et me lave. L’eau est froide et ça fait du bien! On se balade ensuite jusqu’à l’entrée principale du village. Plusieurs gamins sortent de chez eux, s’arrêtent de jouer pour venir me voir. Je prends des photos très drôles, les enfants prennent des poses semblant sortir de dessins animés japonais puis éclatent de rire en découvrant leurs visages sur l’écran de l’appareil.
Le soir Ignacius m’emmène boire de l’arak avec ses amis devant un petit magasin. On écoute Marilyn Manson de mon téléphone posé au centre du demi-cercle formé par une dizaine de jeunes. Je paie une bouteille d’arak. Un verre seulement tourne. Ignacius le remplit et le tend plusieurs fois. C’est comme ça qu’on boit ici! De retour chez Ignacius on dîne à la lueur d’une lampe à pétrole du riz avec du jack fruit et des épinards d’eau, repas basique et populaire en Indonésie. Un peu plus tard quelques personnes se joignent à nous pour prier Marie. Il s’agit apparemment d’une fête religieuse. A Florès la plupart des habitants sont catholiques, à cause des premiers colons portugais. Ils me laissent gentiment observer et filmer. Chacun son tour, même les enfants, récite une prière personnel avant que tous répètent une sorte de refrain. Belle ambiance. Après un petit café et quelques éclats de rire (je porte l’ikat prêté pour la soirée comme les hommes au Myanmar, mais ici c’est la manière des femmes) je me couche dans un lit confortable. Les lits, dans la même chambre, sont séparés par d’épais rideaux. Il fait plus chaud que prévu, j’ai un peu de mal à dormir.
Au réveil à l’aube, après de joyeux au revoirs, le frère d’Ignacius me ramène en moto à l’hôtel où j’ai laissé mes affaires. J’y prends un bon petit-déjeuner avant de prendre un bus avec Catherine, une souriante voyageuse française croisée à Labuan Bajo, qui a passée une bonne partie de sa vie à parcourir le monde. Direction Bajawa. Mais après avoir déjà passé un moment dans le bus, à traverser Ruteng encore et encore à la recherche de passagers, on apprend que le bus va en fait à Labuan Bajo. On se fait déposer à un croisement où une voiture attend des passagers. Cela fait déjà une heure qu’on a quitté l’hôtel. La voiture appartient à une bande de potes qui semble partir faire la fête à Bajawa. Deux autres passagers arrivent. mais on passe encore deux heures à errer dans Ruteng sans vraiment comprendre pourquoi. Un des jeunes s’arrête récupérer un truc chez lui, on passe beaucoup de temps stationner à un croisement. Cela devient vite énervant, je suis patient mais quand même. Je suis à la limite de quitter la voiture quand finalement on prend la route, cette fois-ci pour de bon. Le voyage se passe correctement, les jeunes sont marrants, ils chantent en playback, sans pour autant mettre la musique trop forte. Et on arrive à Bajawa l’après-midi…
