5 réalisateurs peu connus à découvrir

Plus je vois de films  (au cinéma, sur netflix) et plus je découvre des réalisateurs intéressants mais malheureusement peu connus du grand public, que ce soit en France ou ailleurs. Je vous propose donc de découvrir cinq réalisateurs dont j’ai apprécié le travail récemment, réalisateurs dont on parlera encore dans dix ans je l’espère.

  • Shane Carruth

Shane Carruth est un réalisateur américain d’une quarantaine d’années. Deux films seulement à son compteur : « Primer » en 2004, tourné avec 7000 dollars, grand prix du jury à Sundance, un des meilleus films de SF que j’ai vus, d’une grande intelligence ; puis « Upstream Color » en 2013, tourné avec un Panasonic GH2 pour quelques dizaines de milliers de dollars, considéré par de nombreuses critiques outre-atlantiques (et moi-même) comme un des meilleurs films de l’année. Difficile et inutile de raconter ce film, tant il grouille d’idées, de sons, de couleurs. Le film évoque Terrence Malick ou David Cronenberg. Mais ne ressemble au final à rien de connu.

Shane est plus qu’un réalisateur, c’est un homme-orchestre: il écrit, joue, réalise, éclaire, monte, compose, produit; il a même distribué lui-même son second film. Et prend le temps de construire une mise en scène innovante autour de récits originaux et surprenants.
Il prépare actuellement son troisième film, « The modern ocean ».

  • Yorgos Lanthimos

Yorgos est un réalisateur grec connu surtout pour son second long-métrage, un des films les plus surprenants et bizarres de ces dernières années, « Canine » (« Dogtooth » en anglais), qui a remporté le prix Un Certain Regard à Cannes en 2009. Difficile d’en parler, c’est un film aux abords simples qui évoque de nombreux thèmes. En résumé, c’est l’histoire d’une famille dont les parents rusent et mentent pour empêcher les trois enfants adultes de sortir de la maison. Le minimalisme et l’intelligence de sa mise en scène rappelle beaucoup Michael Haneke.

A l’origine de la weird wave grecque, il fait aussi du théâtre, de la publicité, des courts-métrages et de la photographie, et tient un site internet personnel.
Il a réalisé depuis « Alps », sorti en France l’année dernière (pendant que j’étais aux Etats-Unis, il me tarde de le voir) et tourne actuellement son premier film en anglais avec Jason Clarke et Léa Seydoux.

  • Don Hertzfeldt

Don est un jeune réalisateur de films d’animation, un véritable phénomène aux Etats-Unis (il a gagné de très nombreux prix), un artiste indépendant, solitaire et intègre, qui s’occupe de tout, de l’écriture jusqu’à la vente de dvds.
Dans son premier long-métrage (en fait une trilogie de courts sur un personnage appelé Bill), avec le style le plus minimaliste possible (son personnage est un bonhomme qui semble dessiné par un enfant de 5 ans), Don nous transporte dans une valse onirique et belle sur la vie et ses petits moments qui la rendent magnifique, une sorte de version animée de « The tree of life » de Terrence Malick, un beau film d’animation d’une grande puissance philosophique, loin de Pixar et Dreamworks.

Après quelques courts-métrages visibles sur youtube, il a bouclé son premier long-métrage l’année dernière, « It’s such a beautiful day ». Le film n’est malheureusement pas sorti en France mais est disponible en VOD sur vimeo. Il vient de finir son premier roman graphique, « The end of the world » et continue d’écrire sur son site internet.

  • James Franco

Tout le monde connaît l’acteur, champion du name-branding, adorateur de la culture gay et probable oscarisé en février prochain. Il joue, écrit (son premier roman s’appelle « Actors Anonymous », il écrit aussi des articles) , peint, étudie (de nombreux diplômes à son actif), poste des selfies sur instagram. Il fait tout, ne dort probablement pas beaucoup, et se met toujours en avant dans ses travaux. Certains l’adulent, d’autres le trouvent insupportables. La vérité, c’est que derrière ce carriériste égocentrique se cache un réalisateur fort intéressant, ayant déjà plusieurs courts et longs-métrages à son actif (trois films sortis l’année dernière, présentés dans les trois festivals européens majeurs que sont Cannes, Berlin et Venise), qui se cherche constamment, qui expérimente, sans jamais se reposer sur des acquis ou des clichés.

J’ai vu deux de ses films, « The broken tower » (le biopic d’un poète américain, pour une fois loin des clichés et bien construit) et « As I lay dying » (adaptation du livre de Faulkner, moderne et expérimental, par contre la bande-annonce est ratée). Les deux fois je suis resté scotché par la façon dont il expérimentait le temps. Le cadrage (qu’il ne peut pas faire, vu qu’il est tout le temps devant la caméra) est bien, les acteurs sont très bons, le son est correct. C’est au niveau du rythme, de la façon dont il joue avec le temps (montage, split-screens, ralentis) qu’on peut y trouver un fils spirituel de Jean-Luc Godard. James Franco n’est pas cet égocentrique mégalo qu’on décrit parfois, c’est un bourreau de travail 2.0 capable de beaucoup d’autodérision qui a compris comment créer ce qu’il voulait en profitant du système qu’il maîtrise. Bien joué.

  • Joachim Trier

Encore un réalisateur (norvégien) découvert grâce au Festival de Cannes avec son second long-métrage, « Olso, 31 août » : un film choc contemplatif et sensitif, un drame métaphysique sur les raisons de vivre, la peur de devenir adulte, la mort. La mise en scène virtuose (la scène du café!) se concentre sur ce personnage fantomatique rappelant Ian Curtis qui erre une journée dans Oslo, autorisé à sortir d’une cure de désintox pour passer un entretien d’embauche. Il marche, revoie des amis, observe la vie autour de lui, s’interroge. Le film hante longtemps après l’avoir vu.

Joachim, petit-fils de cinéaste, fan de Tarkovski et de Woody Allen, prépare son troisième film, « Louder than bombs » avec Isabelle Huppert et Jesse Eisenberg.
D’autres réalisateurs plus ou moins connus à suivre :J.C. Chandor, Pablo Larrain, Na Hong-jin, Sean Durkin, Rian Johnson, Xavier Dolan, Jeff Nichols, Duncan Jones et deux françaises, Mia Hansen-Love et Céline Sciamma.
Et vous, connaissez-vous des réalisateurs inconnus du grand public dont vous admirez le travail?

Post a Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*

CommentLuv badge